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Henri Roorda: un esprit excentrique, lucide et nécessaire

Vincent Hort
La Nation n° 2291 31 octobre 2025

Le 7 novembre 1925, Henri Roorda quittait brusquement la scène en se tirant une balle en plein cœur. Fils de Selinda Bolomey et de Willem Roorda van Eysinga, fonctionnaire hollandais en poste aux Indes néerlandaises et aux opinions violemment anticolonialistes, il naquit à Bruxelles en 1870. Deux ans plus tard, la famille s’établissait définitivement dans le Canton de Vaud, d’abord à Rolle, puis à Clarens et enfin à Lausanne où Henri Roorda déploya une activité débordante de mathématicien, de professeur, de pédagogue, d’écrivain, de chroniqueur et d’humoriste.

Henri Roorda fut incontestablement l’une des figures les plus libres et les plus singulières de la pensée de son temps. Pédagogue libertaire, il s’éleva contre l’autorité sèche et les routines scolaires, plaidant avec conviction pour une éducation qui libère au lieu de formater. Dans ses essais comme dans ses cours, il prônait la confiance, la curiosité et la joie comme moteurs de l’apprentissage. Son célèbre ouvrage Le Pédagogue n’aime pas les enfants n’a guère perdu de sa pertinence, ni de son actualité.

Mais Henri Roorda n’était pas qu’un enseignant avant-gardiste, professeur de mathématiques au Gymnase classique de La Cité. C’était aussi un humoriste qui maniait avec talent une plume anticonformiste, joyeuse et bienveillante. Ses nombreuses chroniques publiées dans La Tribune de Lausanne, La Gazette de Lausanne, La Tribune de Genève et d’autres revues, signées du pseudonyme Balthasar, ont fait résonner une voix originale, drôle et désabusée à la fois. Il savait moquer la bêtise humaine sans méchanceté, célébrer la vie sans se mentir sur ses petites misères et ses grandes tragédies. Son humour, souvent surréaliste, touchait à l’absurde avec élégance: celle d’un homme conscient de la fragilité du bonheur et résolu à en rire malgré tout.

A contre-courant de son époque, Henri Roorda proclamait, pendant et après la Grande Guerre, un «internationalisme sentimental» et tournait en dérision les discours tapageurs des fauteurs de guerre et de leurs relais d’opinion – journalistes, notables et autres fabricants d’enthousiasme – dont il savait dégonfler les postures prétendument héroïques. Cette sagesse et cette lucidité semblent faire cruellement défaut à notre époque contemporaine.

Une association s’est créée en 2003 pour faire vivre l’œuvre d’Henri Roorda et encourager les démarches permettant de prolonger son esprit libre, subtil et toujours actuel. A l’occasion du centenaire de sa disparition, ses écrits pédagogiques ont été réédités aux Edition Héros Limites1 et une biographie lui a été consacrée dans la collection Savoir Suisse2. Enfin, le Théâtre du Silo du Lac à Renens rend un hommage juste et sensible à cette figure excentrique et foisonnante avec la pièce Henri Roorda, le pessimiste joyeux les samedi 1er, dimanche 2 et vendredi 7 novembre prochains.

Notes:

1   Henri Roorda, Réciter moins, résister mieux, Editions Héros Limites, 2025, 192 pages.

2     Alain Ausoni et Anne-Lise Delacrétaz, Henri Roorda: Envers, en prose et contre tout, Collection Savoir Suisse, 2025, 176 pages.

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